L’association Les Fourmis est officiellement créée ! Rejoignez-nous pour mieux comprendre les rouages de l’écologie politique et vous mobiliser pour rendre l’écologie universelle et inclusive.
Juliette Ray, fondatrice d’Auraeloquence et coach en prise de parole en public, nous partage ses conseils et ses techniques d’art oratoire, à mettre au service de l’engagement écologique.
Sur les sujets environnementaux, il paraît difficile d’avoir des figures rassurantes qui suscitent l’adhésion de leur auditoire. La bataille des imaginaires est cruciale et il est important de dissocier pessimisme et fatalisme du discours écologique afin d’embarquer tous les publics. La forme du discours est donc essentielle, au-delà du fond.
Dans un discours, la forme est très importante. 0n retient à 60% la gestuelle, à 30% le rythme et le ton donné, et seulement à 10% le fond ! Si la forme est mauvaise, personne ne retiendra le fond.
Il y a 3 points d’attention à garder en tête lors d’une intervention publique:
L’ethos: c'est la forme, la communication non-verbale qui donne une première impression et qui déterminera en partie si l'auditoire nous écoutera. Il faut donc faire attention à sa posture, son ton et son rythme, et regarder l’auditoire pour capter son attention.
Le logos: c’est le fond du message. Souvent lorsqu’on parle d’écologie, c’est effrayant. Même s’il est important de pointer du doigt l’urgence du sujet et l’importance de ses conséquences, ce narratif ne fonctionne pas. Il faut rendre l’écologie désirable pour que les gens y adhèrent. Modifier le logos pour le rendre sexy et dépasser la peur. Pour cela, évitez les doubles négations, parlez des solutions plutôt que des interdictions.
Le pathos: c’est l’émotion que le discours génère. Il faut apporter une parole sensée et sensible tout en gardant son calme. Un beau défi ! Il y a plusieures options, comme capitaliser sur l’humour plutôt que la colère. Il peut être pertinent de se placer dans une posture d’empathie, de faire silence et de dire “je comprends” pour désamorcer les tensions et susciter l’écoute. L’empathie, c’est “être dans l’analyse et dans l’écoute de ce que le public ne dit pas”.
Ainsi, lors de prises de parole, 90% de l’attention du public portera finalement sur la forme. Souvent, les adversaires de joute qui ne veulent pas répondre sur le fond vont détourner l’attention du public en s’attaquant à la forme (la manière dont on s’habille, la posture, la formulation). Il faut donc être irréprochable sur la forme pour être impactant sur le fond.
Quelques conseils pour s’outiller:
La première et la dernière phrase sont les plus importantes. La première détermine si le public va écouter, la dernière s’il va se souvenir.
Il est important de conserver l’intérêt du public tout au long de la prise de parole. Poser des questions lorsqu'on sent un flottement peut permettre de remobiliser l’auditoire.
Dénoncer le procédé de la “ forme plutôt que le fond » s’il vous est opposé par un intervenant.
La répartie est toujours la bienvenue dans les débats.
On peut jouer l’improvisation, mais n’oubliez pas: “un bon discours a été réécrit 3 fois”.
Un autre outil à toujours avoir en tête pour susciter l’adhésion à son propos, est l’OPR:
Objectif : Il vaut mieux avoir peu d’objectifs mais très bien argumentés, que vouloir trop en faire et perdre son auditoire.
Public : Trouver les exemples et arguments adaptés à chaque public.
Rôle: Relayer la parole des experts et s’appuyer sur ses propres expertises.
L’ambition des Fourmis est ainsi d’aller chercher chaque public pour construire une écologie universelle.
Décoder les techniques de bons orateurs qui ont des postures différentes : Jean-Marc Jancovici, Camille Etienne, Hugo Clément, HugoDécrypte etc, en gardant en tête le triptyque ethos-logos-pathos.
Analyser les discours de nos opposants. Très éloigné de nos idées, Jordan Bardella, est considéré par beaucoup comme un très bon orateur et s’intéresser à la forme de ses discours peut par exemple vous aider à repérer des stratégies de communications percutantes.
Et surtout, pratiquez ! Testez vos argumentaires auprès de plusieurs publics différents (amis, collègues, familles, voisins etc).
Bienvenue dans le Fourmiscore ! Chaque mois, Flora Ghebali, présidente des fourmis, décryptera une actualité écologique avec une note de A à E pour vous aider à prendre position dans le débat et suivre les avancées et les reculs écologiques, enjoy !
Si on m’avait dit que l’urgence écologique serait reléguée en seconde zone cette année, je n’y aurai pas cru. Sans surprise, l’action écologique n’est pas à la hauteur.
Chaque année, l’association Climate Chance publie le Bilan mondial de l’action climat et le compte n’y est pas… Les émissions mondiales de CO2 continuent de croître, la production d’électricité en renouvelable augmente mais la production fossile ne baisse pas, la décarbonations des bâtiments n’est pas à la hauteur…
Ce qui est plus surprenant, c’est la façon dont l’opinion a lâché le sujet. Comme beaucoup, j’ai commencé à militer activement pour le climat en 2018, j’ai naïvement cru que la prise de conscience écologique formerait une courbe ascendante, certes trop lente, mais qui progressivement nous conduirait vers une majorité et nous permettrait de porter une écologie politique digne de ce nom. Ce que je retiens de 2023, c’est que cette courbe est plutôt en forme de montagne russe, ça peut monter haut quand il y a une crise et descendre bas quand l’actualité n’est pas « chaude » comme disent les journalistes qui ont la croyance que seule « l’actu chaude » fait vendre.
Ma croyance de la courbe de l’évolution de la prise de conscience de l’enjeu écologique. | Ce que j’observe de l’évolution de la prise de conscience de l’enjeu écologique dans l’opinion. |
Preuve en est, le jour de la rentrée, le présentateur de la plus grosse matinale de France disait à ses 7 millions d’auditeur, « l’année dernière, le mot de la rentrée était sobriété, cette année c’est autorité ». Non, la sobriété n’est pas un mot de la rentrée.
Chacun a sa part de responsabilité,
Le patronnât a décidé d’applaudir chaudement Patrick Pouyanné au MEDEF quand il expliqua à Jean Jouzel, climatologue qui alerte depuis 40 ans sur l‘urgence, que « le problème, c’est qu’il y a la vie réelle ». Non, le problème c’est plutôt que la vie sur terre est réellement menacée.
Le plan de transformation écologique tant attendu du SGPE - secrétariat général à la planification écologique - promesse de campagne d’Emmanuel Macron a été éclipsé par les émeutes d’abord, par le manque de portage politique ensuite. Au parlement européen, la France s’est abstenue alors que le glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde et « cancérogène probable » qui détruit nos sols a été rétabli pour 10 ans. À Bruxelles toujours, la France a laissé les lobbys détricoter le règlement emballages revenant sur l’interdiction de bons nombres d’emballages à usage unique et abandonnant en partie la lutte contre le plastique. Le « Make Our Planet Great Again » du Macron des débuts est mort et enterré.
Après l’un des étés les plus chauds jamais enregistré, l’écologie politique faisait sa rentrée sur Médine et l’Abayas, « pour le moment, l’écologie politique réussit l’exploit de paniquer les esprits et de les faire bailler d’ennui » pour reprendre la désormais célèbre sortie de Bruno Latour.
Je pourrais continuer longtemps la liste de l’inaction, observer que l’actualité donne chaque jour un exemple du syndrome de la fourmi : les blocages, les frontières symboliques sont trop fortes pour permettre une transition écologique réaliste et efficiente. Mais on peut aussi noter ceci : sans changement profond du narratif, on perdra toujours la bataille de l’opinion.
L’écologie punitive, c’est les dégâts que cause l’inaction, c’est la punition qui nous attend si nous ne prenons pas la mesure du sujet.
La civilisation écologique, c’est une société plus saine où le taux de cancer baisse drastiquement, où l’on cultive les liens sociaux, et on vit mieux.
L’écologie est une opportunité d’avoir accès à une alimentation saine à juste prix, d’endiguer la précarité alimentaire, d’avoir plus de temps pour soi et pour les autres, de croître dans une société plus respectueuse de tous.
La solution est claire et elle est entre nos mains. Pour dessiner la civilisation écologique et créer les conditions d’une écologie politique, nous devons renverser la table : faire de l’écologie un projet désirable, une opportunité. Donner envie d’adhérer à ce nouveau mode de vie plus sain, plus juste et plus heureux.
En prenant ma plume, je me suis sentie désolée de vous livrer ce texte un temps soi peu pessimiste en plein pendant les fêtes de fin d’année, que je vous souhaite de consacrer à la joie et l’abondance (pour une fois !), et puis je me suis souvenue de cette phrase de Camus « l’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner ».
Alors pour cette nouvelle année, je nous souhaite mieux que de l’espoir, de l’action, collective et joyeuse, au service de notre cause commune : rendre l’écologie universelle et inclusive !
Bonnes fêtes à toutes et tous,
Flora Ghebali
Éthique et tac est un média qui œuvre pour une consommation verte, donc une décroissance économique. Des actus, de la vulgarisation, du divertissement avec comme fil rouge … le vert.
PASCAL BASTIEN
Cofondateur de BANLIEUES CLIMAT, Féris Barkat se bat pour sensibiliser les jeunes des quartiers populaires aux enjeux environnementaux. Souvent oubliés dans le débat, trop souvent centré sur des questions d’insécurité, il veut faire émerger leurs voix et leur rendre leur place comme acteurs climatiques.
Jacques Delors au ministère de l'Économie à Paris, le 6 novembre 2012. (ERIC PIERMONT / AFP)
Jacques Delors nous a quitté ce 27 décembre, à l’âge de 98 ans. Considéré par beaucoup comme l’un des “bâtisseurs” de l’Europe d’aujourd’hui, nous souhaitions lui rendre un dernier hommage. L’occasion de (re)visioner un documentaire proposé par France Télévision où il se confie sur son parcours.